MACHADO à COLLIOURE

  Tombe d'Antonio Machado                         Quel que soit le jour ou l’heure qu’on choisisse pour se rendre sur la tombe d’Antonio Machado, c’est un amoncellement d’hommages qui couvre cet espace de recueillement, qui le cache, même, jusqu’à ne plus pouvoir lire les inscriptions gravées dans la pierre…

Mais le nom du poète est partout, sur des photos ou gravures encadrées, sur des enveloppes contenant des lettres et des poèmes…Une boîte à lettres a même été prévue, insérée dans la pierre tombale, afin que les visiteurs déposent leurs messages !

Les admirateurs de l’auteur de Champs de Castille ont déposé des petits mots d’amour, d’affection, que la pluie ou le vent rendront vite à la poussière. D’autres, plus prévoyants, ont écrit quelques phrases sur des galets de Collioure ; sur l’un de ces cailloux, un texte en lettres arabes ! L’admiration vient de loin ! Et un cahier entier repose là, rempli de poèmes et de notes, pareil à un journal intime…

   On n’ose pas parcourir ces écrits, seul Machado semble détenir le droit de lecture. 

Ces jours-ci, surprise, un objet incongru, un livre déposé par un journaliste andalou, ouvrage sans rapport direct avec le poète.. ? Il s’agit uniquement de faire connaître une publication, il s’agit de publicité sur la dalle mortuaire ! Les mots, les mots, plus présents, ici, que les fleurs  ou les couronnes ! C’est le plus bel hommage que l’on puisse faire à un poète, arrêté là, parmi les morts. Parmi les mots.

Écrit par cat le Samedi 14 juin 2008
Permalien   |   Ajouter un commentaire   |   poésie

Saint-Lary la poésie

 

Au-dessus de Saint-Lary

  

Sur le versant à l’adret

adroit malin le promeneur

quand les pistes d’Espiaude et les lacs de Néouvielle

meurent dans les brouillards traversés d’un vent froid gorgé de glace et de neige

sur cette pente d’herbe

à cheval sur les mines de schistes et les carrières d’ardoises

j’imagine le circuit des éclats d’eau dérivant en lagunes minuscules

et je me représente la rue piétonne de la ville

là-bas au-dessous bien campée dans la vallée

avec ses foules minuscules allant et venant dans les commerces bondés

suis-je mieux ici à l’écart au soleil

sans doute

l’espace de quelques heures pas plus on s’ennuie vite du monde de sa rumeur

le temps d’appréhender la solitude

de s’accoquiner avec cette fille de perdition

mais le besoin de croire en l’homme vous revient et vous fait vite redescendre

ours temporaire très saisonnier

jusqu’aux terrasses de cafés

jusqu’à la culture des maisons de la presse

 

J’aime la montagne

et pourtant

elle ne m’inspire pas j’écris peu sur elle sur sa peau de mélèze et de pin

je n’inscris presque rien sur son enveloppe neigeuse

ne sais que dire quand je suis vautré dans sa démesure

sans doute car je suis bloqué par tant de beauté

rien à dire au paradis

qu’à regarder goûter jouir vivre sentir vibrer de toutes les tripes

avec ce désir malsain

peut-être

de ne pas vouloir partager ce bonheur

d’où ce désert de mots cette sècheresse de poésie cette absence de prose

plus besoin d’œuvre ici l’immortalité est à vos pieds ravagés

 

Oui c’est ça je garde l’éternité pour moi seul

Ou une compagne guidée par le même désir de retirement

Et avec ce chien qui suit imperturbablement

De sables en montagnes de villes en villages de mers en neiges

Et je ne saurai jamais s’il aime ces paysages

Qu’est-ce la beauté pour un animal

Je pense qu’il me suit pas intérêt culinaire et affectif un peu aussi

Par habitude obligation éducation instinct de mouton

Sacrée chienne

Non pourtant je peux constater son enthousiasme

Quand elle s’excite et saute à l’approche de la neige

Quand elle se met à courir tel une folle fouettée par le froid

Quand elle voit et sent une plage

 

Puis quand je m’arrête pour regarder les monts et les pierres

La bête arrête aussi son jeu son plaisir et se fixe dans la neige

En respire l’oxygène des cristaux

Tandis que je tente de respirer moi l’incongru un cigare

Ce serait bête de fumer ici

Semble-t-il me dire de ses yeux de chien moraliste

Dans ce décor appelé nature

Je m’adresse le même reproche

Mais n’est-ce pas là un effet de culture.. ?

   St-Laryaufonddelavallée 

 

Écrit par cat le Mardi 3 juin 2008
Permalien   |   Ajouter un commentaire   |   poésie

Un blogue Journal personnel/Pensées par Mon Blogue.com