Excréments : y a des esclaves pour ça...
Une petite leçon de morale
L’homme est peut-être né mauvais, hélas cher Jean-Jacques… C’est la société, la communauté, la famille , l’école, les lois qui peuvent le sauver en le conseillant, en l’éduquant. Les livres positifs, où le héros atteint son but, après bien des obstacles, peuvent aussi l’améliorer. Quant à la morale - des curés, des profs, des faiseurs de lois- ne pas l’appeler ainsi, mais initiation au savoir-vivre, au savoir-être ensemble.
Cette « réflexion » est née à la vue des excréments laissés par un peuple rassemblé, à l’occasion d’un concert sur les pelouses d’un parc floral ! Honte à ceux qui disent qu’il y a des esclaves pour ça (les élèves répondent que les femmes de ménage sont payées pour nettoyer leurs dégradations !) et que, en fin de compte, la saleté et le désordre créent des emplois…Ce n'est pas faux, mais on pourrait créer des postes plus gratifiants et plus utiles pour la collectivité. Le miracle, c’est que ces nettoyeurs referont, pour le lendemain, la beauté du site et les visiteurs trouveront cela normal : on paye, on veut que ce soit « nickel » !
Un tel comportement peut-il durer ? Ces groupes de jeunes qui viennent boire dans une rue de village, puis jettent les canettes de bière chez les voisins et laissent leurs détritus par terre…Ou ceux qui jettent leur bouteille dans la rue, depuis leur voiture, en roulant…Ou ces moins jeunes qui, au stationnement en ville, en profitent pour vider leur cendrier dans le caniveau et non dans une poubelle. Des petits riens qui exaspèrent. Ce comportement peut-il durer ? Oui, cela dure depuis des siècles : les esclaves existent toujours ! Ces individus sont restés « méchants » : les maîtres ou les lois ou la peur du gendarme ne les ont pas transformés. Face aux récalcitrants radicaux, la société est souvent impuissante…Et moi, avec l’âge, j’ai l’impression de devenir « réac »…Et vous, qu’en pensez-vous.. ? (photo JPB-Inde 1978)
Écrit par cat le
Lundi 29 septembre 2008
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politique
Pyrénées-Orientales : les 2 cultures (Alduy / Bourquin)
L’émulation culturelle entre les deux « pouvoirs » antagonistes du département (Mairie de Perpignan et Conseil général : CG66) se poursuit. Cet été, le slogan du CG66, c’est « Le culture pour tous, toute l’année. » Beau programme ! Ce vœu est emprunté à Antoine Vitez : « La culture pour tous », phrase elle-même tirée des Chants de Maldoror de Lautréamont.
Ainsi, le CG66 propose des concerts gratuits, de jazz ou des musiques du monde (« Aux frontières du jazz »; par exemple, en juillet) de qualité, avec Richard Galliano ou Robin McKelle, à des prix modiques (5 ou 10 euros) La mairie, par l’intermédiaire des « Estivales » programme des spectacles plus ambitieux, de renommée mondiale (Béjart, Cunningham l’été dernier, Carmen…) mais les entrées sont autour de 30/40 euros, tout en offrant une gamme de réductions (carte duo) ou des « Scènes ouvertes » animées par de jeunes compagnies de théâtre : ces pièces, à un prix abordable, ont « vocation de promouvoir la création théâtrale et de soutenir la diffusion de troupes en émergence et de jeunes artistes », selon l’organisateur Joël César.
Les deux entités politiques catalanes rivalisent donc et, dans des lieux prestigieux (Campo Santo et Palais des Rois de Majorque) tentent de capter un large public, grâce à des spectacles populaires et à des prix plus ou moins modestes. Cependant, comme aucun coordination n’existe entre elles, mais plutôt la guéguerre et une rivalité agressive, la culture -et le public- peut y perdre, à ce jeu-là ; en effet, le même soir, le spectateur peut hésiter entre deux programmes alléchants ;et c’est le prix d’entrée qui sera déterminant…
Alors que faire ? S’entendre pour que la culture soit moins malmenée.. ? C’est surtout la question récurrente d’une culture « populaire » et presque « gratuite » qui est encore ici posée. De nombreux artistes et intellectuels ont récemment (Le Monde du 9 juillet 2008) signé un point de vue, « Culture ne rime pas avec gratuité », à propos du projet de loi « création et internet », afin d’adapter le financement de la création et la rémunération des auteurs à l’heure de l’ère numérique. Les signataires (Costa-Gavras, Tavernier, Blier, Lelouch, Gérard Jugnot, J.-Jacques Beinex…) affirment « Nous ne sommes pas prêts à sacrifier à la mode de la gratuité de la culture qui reste une escroquerie intellectuelle et à nous résoudre à voir les capacités de création de notre pays battues en brèche et laminées… »
Avec le piratage de chansons, musiques, vidéos, films…l’auteur est volé et son œuvre se voit distribuée sans contre-partie financière. Ce n’est pas, bien sûr, le cas du CG66 qui paie les artistes invités, mais le département a beaucoup plus de ressources financières que l’association des « Estivales » et la compétition ne semble pas équitable. La solution, alors ? Que la mairie de Perpignan de J.-Paul Alduy investisse plus dans la culture, pas simplement dans la structure (projet du nouveau théâtre de Jean Nouvel, alors que C.Bourquin propose, à juste titre, de rénover l’adorable théâtre à l’italienne de la place de la République) mais aussi dans les subventions, aux associations, organisateurs …
Cependant, on a noté, depuis l’instauration de la gratuité pour certains musées nationaux, que la mesure bénéficie aux classes moyennes et supérieures intellectuelles et non à un public populaire : c’est toujours les mêmes qui entrent dans un musée et l’initiation aux arts, par les parents, ou l’éducation, par l’école, sont essentiels.
A l’opposé, il est à noter qu’un public « populaire » est prêt à payer cher le spectacle d’un comique ou d’un chanteur à la mode (c’est le cas de la saison avec Boîtaclous, les places avoisinant les 40 euros !) : il n’y donc pas que les soirées pour publics restreints ou initiés (Opéra, Festival d’Aix, de Bayreuth, de Salzbourg ou les représentations à la cour d’honneur d’Avignon) qui sont excessives…
Il faut revenir à la question : « Qu’est-ce qu’un spectacle populaire et qu’est-ce qu’un public populaire ? »
Stigmatisant les médias actuels et la télévision, en particulier, Pierre Jourde, prof. à l’université de Grenoble, écrit : « Il y a de vrais spectacles populaires de qualité. Le public demande ce qu’on le conditionne à demander. On a presque abandonné l’idée d’un accès progressif à la culture par le spectacle populaire. Hugo, Chaplin, Molière, Prévert, René Clair, Jean Vilar, Gérard Philippe étaient de grands artistes et ils étaient populaires. Ils parvenaient à faire réfléchir et à divertir. L’industrie médiatique ne se fatigue pas : elle va au plus bas. » (« La machine à abrutir », Le monde diplomatique d’août 2008, page 28)
On aborde alors le problème de la hiérarchie des arts et des cultures. Et, à ce propos, il ne faut pas avoir peur d’affirmer (ni de passer pour élitiste !) que tout ne se vaut pas, la Flûte enchantée de Mozart et un sketch d’Elie Semoun, un film de Fellini et les Chtimis, une chanson de Léo Ferré et une autre de Carla Bruni, les caricatures de Goya et celles de Charlie Hebdo, une sculpture de Rodin et une photo exposée aux « Rencontres » d’Arles, une pièce d’Ionesco ou de Koltès et une dialogue de boulevard, du style « Au théâtre ce soir »…
Ne pas confondre divertissement (plaisir nécessaire, bien sûr !) et création qui donne à penser et une vision approfondie de la condition humaine et des grandes questions de la société contemporaine.
On ne peut mettre sur le même plan culturel un tableau de Rembrandt, ou de Picasso et la toile d’un « peintre du dimanche » ou une « installation » d’objets manufacturés (même si, souvent, l’enjeu est satirique : critique de la société marchande, de la représentation picturale traditionnelle, provocation…Marcel Duchamp a montré, depuis longtemps, le chemin !) La culture exige un effort ; Hugo et Molière sont populaires, accessibles facilement, mais René Char, Claude Simon, Proust… ?
Jack Lang, grand Communicateur, grand Masturbateur de cervelles, a instauré avec brio des journées culturelles populaires « fête de la musique », par exemple, où un orchestre symphonique est au même niveau (le bitume, la rue) qu’un gratteur de guitare ou qu’une bruyante formation de rock. Il était cependant conscient des « valeurs » et de son échelle, et l’homme « de gauche » était pris dans un débat entre élitisme et populisme, entre culture authentique, érudite (connaissance des racines des civilisations, de l’étymologie des langues) et culture mise à toutes les sauces de la mode médiatique et de la société du spectacle (culture d’entreprise, culture-confiture dont on étale la prétentieuse vacuité !) Essayant de concilier l’inconciliable, J. Lang lança le mot d’ordre de « culture élitiste pour tous » : marier le divertissement et le spectacle de qualité (à ce propos, on regrette les émissions de Jacques Chancel, diffusant la « grande » musique à 20h30, sur les chaînes publiques !)
Cependant, malgré ces efforts louables pour faire accéder le plus grand nombre à des œuvres difficiles (l’opéra, le livre de philosophie, la poésie contemporaine…), il est évident que tout se joue dans l’enfance, dans la famille : la transmission, l’héritage culturel des grands-parents sont primordiaux. Mais la famille, aujourd’hui, éprouve tellement de difficultés : pouvoir d’achat, chômage, tendance à la facilité, à l’assistanat, manque de courage, perte des repères et des valeurs (et l’exemple négatif est montré par « la France d’en haut », celle des ministres, ; des bureaucrates et des PDG d’entreprises !)
L’enjeu d’une culture populaire se trouve alors entre les mains de l’école (assume-t-elle cette mission ?) et les efforts louables des structures locales et départementales ; mais quelle aporie, ce projet de culture « moyenne », introuvable entre les grands chercheurs et intellos (Lévi-Strauss, Hagège, Morin…) et les grandes messes de la télé, privée ou publique (le sport et le foot, en particulier, phénomène « culturel » dominant, les feuilletons américains, « romantiques » ou de « californication », le show de la « reality » (télé-réalité), la vie « bling-bling » des gouvernants, incultes le plus souvent et dont l’œuvre civilisatrice est d’abêtir le bon peuple pour mieux le gruger.
La culture a encore de longues années noires devant elle…
