ORWELL, SOLER, GRANDES : lectures en Catalogne
La rentrée littéraire française propose trois livres relatifs à la guerre civile espagnole et à l'exil des républicains espagnols. Georges Orwell est célèbre pour son Hommage à la Catalogne (collection 10x18) écrit après sa participation au front, en 1938, aux côtés des révolutionnaires du POUM; on réédite ses chroniques : A ma guise (Agone éditeur). Ensuite, Jordi Soler nous propose la suite de Les exilés de la mémoire : l'exil des républicains au Mexique se poursuit dans la jungle de Véracruz, dans l'enfer d'une insolite plantation de café : La dernière heure du dernier jour (Belfond éditeur).
Enfin, il faut découvrir Almudena Grandes qui, dans Le coeur glacé, décrit les déchirures encore présentes de la guerre civile, dans le coeur des fils et petits-fils de réfugiés républicains. (J.Claude Lattès éditeur) 
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Vendredi 26 septembre 2008
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littérature
Cerbère, Port-Bou et les chemins ferrovières
Avec l'arrivée du TGV, l'inquiétude grandit à Cerbère : fermetures annoncées de l'atelier de maintenance, départ de l'infirmière, menace sur le foyer des célibataires...A la suite de mon article, suggérant qu'un projet culturel d'envergure autour du "Rayon vert" serait susceptible de faire renaître et connaître Cerbère, le commentaire d'un lecteur m'informe que des projets économiques structurants sont envisagés, que la culture seule ne peut relancer une ville; c'est réaliste, mais Cerbère est bien isolée : loin de Perpignan et acculée à la frontière...De l'autre côté de celle-ci, c'est la stratégie inverse : miser sur l'aura de Walter Benjamin pour faire venir les touristes et les étrangers concernés par la mémoire et le destin tragique du philosophe (Allemands, intellectuels, Juifs...)
En effet, le 28 setembre, une réunion importante à Port-Bou va décider l'implantation, à l'ancienne gare, d'un centre culturel voué à l'étude de W.Benjamin : bibliothèque, musée, lieu de colloques...La fondation W.B. ne serait donc plus installée en plein centre, dans les locaux administratifs et municipaux, "le centre civic"..? A suivre, donc, mais le maire de Port-Bou, Antoni Vega, semble avoir choisi l'alternative au chemin ferrovière : le chemin ultime de W. Benjamin, venu mourir dans la ville frontière. Célébrer un écrivain fantôme (où est son corps, désormais ?) pour que Port-Bou ne devienne pas une ville-fantôme...
Port-Bou, du ciel. Cerbère, en haut, à gauche.

Centre civic (future fondation W.Benjamin..?) et la gare de Port-Bou.
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Mercredi 24 septembre 2008
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actualité en Catalogne, littérature
Villefranche de Conflent : 1er salon du livre
Il avait neigé à 2200, la veille de ce dimanche 14 septembre. La tramontane soufflait le froid et on hésitait à monter dans le Conflent. Mais, à Villefranche, dans l'oeuf de ses remparts, ce fut le grand soleil et pas un souffle, si ce n'est celui des livres.
Benjamin Jugieau (à gauche) pour TDO éditions.

Photos Loïc Robinot, ci-dessus, à la guitare, sur la place de l'église, si belle en marbre rose. De nombreux auteurs : Jo Falieu, Aïssa Ouachek, Eliane Chelle, Marie-José Garand, Emmanuel Garcia, Roger Blandinières, Nicole Lantermino, autour de l'Association "Autres Plumes"... Du monde, un site agréable, des rencontres, des éditeurs...
J.-Pierre Gayraud, pour les éditions Cap Béar.
Pour Avril-Falques, les Trabucaire, en pleine lecture.
Christine et Robert, au stand de Balzac éditeur
Gil Graff avec P.Salus, au stand de Mare Nostrum
Hélène Legrais
Pere Verdager, pour L'Olivier. Merci à Florence Bouvier, à l'origine du projet. A l'année prochaine !
Prochains rendez-vous littéraires : à Prades le 4 octobre, à Rivesaltes le 12. On y sera. Et vous..?
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Dimanche 21 septembre 2008
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actualité en Catalogne, littérature
Boèce : Consolation de la Philosophie
Boèce
Devant la tristesse passagère, pendant un moment d’accablement, de fatigue, de perte d’énergie, il faut relire aux fondamentaux, encore et encore. Votre trouble vient de ce que vous ne comprenez pas, vous ne comprenez plus l’autre ? Boèce, lui, souffrait parce qu’il ne saisissait pas, dans un monde cruel et agité, injuste et violent, la nature de l’homme et sa finalité. Une autre cause était l’inconstance des êtres et le peu de visibilité des actions humaines : souvent incohérentes ou égoïstes, le plus souvent, motivées par l’appât du gain, des conquêtes, de la gloire, de l’orgueil…
En effet, il s’agit de relire Consolation de la Philosophie. Boèce Anicia, philosophe de l’école d’Athènes, consul (en 510) et ancien « Maître des offices », c’est-à-dire ministre de l’intérieur du roi Théodoric qui gouverne l’Italie au VI° siècle, subit une disgrâce fatale en 524. Il est accusé de « magie », lui qui provoque par son rationalisme ! Il va être condamné à mort et, dans sa prison, il va écrire durant les dernières heures de sa courte vie (il meurt à l’âge de quarante-quatre ans), pareil à l’anti-héros de Victor Hugo, dans Le dernier jour d’un condamné. Torturé presque chaque jour, de façon plus ou moins raffinée - une courroie de cuir, paraît-il, qu’on serrait autour de sa tête faisait sortir de leurs orbites les globes de ses yeux -, le philosophe arriva pourtant à écrire son chef-d’œuvre et à faire parvenir son manuscrit à ses amis !
Boèce fait penser à Sénèque, dont les traités sur la mort et la vie brève peuvent être considérés comme des consolations ; leur destin, aussi, est semblable : Sénèque est poussé au suicide par Néron. On pourrait allonger la liste de ces « intellectuels », mais on les appelle philosophes, dans l’Antiquité, le mot « intello » naît plus tard, en évoquant Cicéron assassiné par Antoine, Socrate contraint à absorber la ciguë, Ovide condamné à l’exil…
Pour se consoler, seul dans sa cellule et en attente de l’issue fatale, Boèce a recours à sa mémoire, sorte de bibliothèque totale des œuvres de son temps ; on pense à José Luis Borges aveugle, récitant des dizaines de poèmes et les grands romans de la littérature ! Boèce se console grâce à la mémoire et grâce à l’écriture ; c’est surtout la philosophie qui lui procure des arguments consolateurs…
Afin de se sentir moins seul et, comme la compagnie de son bourreau est à exclure, le philosophe va causer avec les anciens maîtres et recourir au genre du dialogue platonicien ; son amie virtuelle, son interlocuteur fictif, il va la nommer Dame Philosophie, rappelant ainsi la célèbre Diotime de Platon et annonçant peut-être la Béatrice de Dante.
De quelle façon ce fantôme de femme philosophe va-t-il arriver à persuader le malheureux Boèce à endurer son supplice et à espérer en demain, qui s’annonce jour de sa mort.. ? Elle va lui ôter le désir de fréquenter les Muses, la poésie n’apportant que mirages, vains mots et images trompeuses ; chassons la part de poète qui est en nous, de notre crâne et de la cité.. ! Dame Philo affirme que le vrai bonheur est à rechercher en Dieu ; c’est là la bonne direction. Mais quand Boèce lui objecte que le mal et le désordre sont dans le monde, qu’il n’y a qu’à regarder autour de nous et que sa situation particulière est une preuve flagrante de l’absurdité de la condition humaine… que répond-elle ?
Comme Dieu a-t-il pu créer ce monde-là et comment peut-il laisser les choses aller ainsi.. ? C’est bien que l’homme est libre, qu’il n’est pas attaché à un destin ou à la prescience divine. C’est à lui de s’assumer, de progresser, mais c’est difficile car l’homme vit dans l’immédiat, le moment présent. Malgré le passé, il réitère les malheurs, les erreurs, les défauts du passé ; il n’a pas de recul, sa vie étant trop courte, pour entrevoir l’avenir. Dieu, lui, a le temps, il ne pense que dans la dimension d’un temps éternel. L’homme a donc le temps de s’améliorer ! Mais Boèce est mort torturé, et moi-même, je ne me sens pas très bien…
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Lundi 15 septembre 2008
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littérature
Claire Villanova, la littérature et la philosophie
Un moteur de recherche sur le Net, c’est idéal pour retrouver un(e) ami(e) perdu(e) de vue. Un blog aussi, quand il est bien référencé, permet de renouer des liens anciens ; ainsi Michel Darmon et Serge Fougères ont retrouvé ma trace…Moi aussi, en bidouillant google, j’ai pu obtenir des nouvelles de mon amie et ancienne collège du Lycée technique de Saint-Avold. Je l’avais revue, très vite, à deux reprises, à Paris, où elle avait été nommée prof de Lettres, et puis, comme on dit, ça passe et on perd la trace… Alors Clara, bravo, tu n’as pas perdu ton temps : une édition du Cid (Gallimard-éducation), un autre de G. Dandin (Bordas) et, en collaboration, un livre sur « philosophie et littérature » : bonne idée de réconcilier ces deux cousines (ennemies?) ; je vais essayer de trouver le livre ; pour l’instant, je le conseille à mes lecteurs. Alain Soudan et C. Villanueva, Bréal éditeur. A bientôt sur les ondes, Clara !
toile de Pere Creixams (coll.privée, Tossa de Mar, photo Pierre Coureux)
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Vendredi 12 septembre 2008
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littérature
Balades culturelles et sportives en Catalogne
Mon recueil de 30 itinéraires culturels (à partir d'une personnalité étant né ou ayant vécu en Catalogne) est annoncé par les Nouvelles Presses du Languedoc pour la fin du mois de septembre (2008). Un bulletin de souscription, ci-dessous, permet d'obtenir le livre au prix préférentiel de 18 euros. A adresser à l'éditeur : NPL, 18 impasse Gaffinel, 34200, Sète (ou à l'auteur : J.P.Bonnel, 7 route de Bages - 66180 - Villeneuve/Raho) Merci à vous !


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Mardi 2 septembre 2008
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littérature, patrimoine, balade
Sensualité de SAINT-AUGUSTIN
Saint-Augustin par Ribera (Musée du Prado)
Loin de la frénésie olympique et de la féria touristique, mettons-nous à l’ombre et demeurons dans la sérénité d’un bon livre !
En effet, l’été est une saison propice à revenir à la lecture des textes fondateurs. Parmi ces fondamentaux, Saint-Augustin, né en 354 à Thagaste (Numidie) occupe une place de choix : ses réflexions théologiques sont pour les spécialistes, mais ses textes autobiographiques sont pour le grand public.
L’évêque d’Hippone (l’actuelle Anaba, en Algérie) a écrit plus de cent livres, mais on retient surtout aujourd’hui La cité de Dieu et Les Confessions (*). Les pages les plus célèbres et « littéraires » de ces mémoires pathétiques, aveux intimes, à l’opposé de celles d’un Rousseau, victime de l’insincérité, concernent l’enfance, l’anecdote du vol, la description du jardin et de la voix d’un jeune garçon ou d’une jeune fille « Tolle, lege ; Prends, lis ! » qui va provoquer la vocation d’Augustin…
Saint-Augustin aurait été ses Confessions par modestie, humilité, pour montrer qu’il ne faut pas le sur estimer, qu’il est un homme comme les autres, exposé aux tentations, accablé par les faiblesses du corps. Il confesse ses « déchéances », n’emploie que des mots négatifs pour qualifier des actes qu’il rejette, au moment de l’écriture. Pourtant, quelle poésie, quelle expressivité dans l’évocation de ses actes sensuels d’avant la conversion, l’appel de Dieu et le baptême ! Ainsi, au livre III, lors de son séjour à Carthage, il éprouve « l’avidité de sentir » : « Je n’aimais pas encore et j’aimais à aimer. Assoiffé de ne l’être pas encore assez. Je cherchais un objet à mon amour, j’aimais à aimer…Aimer, être aimé, m’était bien plus doux, quand je jouissais du corps de l’être aimé. Je souillais donc la source de l’amitié des ordures de la concupiscence… » (page 45)
Même Dieu est invoqué avec sensualité, au livre second : « Les libertins veulent se faire aimer par des caresses ; mais rien n’est plus caressant que votre tendresse, il n’est point d’amour plus salubre que celui de votre Vérité, belle et lumineuse entre toutes… » (p.39)
Avant d’accéder à l’amour de Dieu, il s’agit de résister, de refuser les « vanités de vanités, les misères de misères », ces amies de jeunesse qui le « tiraient doucement par son vêtement de chair » Il décrit de façon imagée cette lutte avec la tentation du plaisir physique et arrive à n’écouter qu’une « voix languissante » qui annonce le dévoilement de « la dignité chaste de la continence ; sereine, souriante sans rien de lascif, elle m’invitait avec des manières pleines de noblesse à approcher sans hésitation… » (livre huitième, p.198) Belle scène que celle du jardin de sa maison de Milan (où il enseignait, après Carthage et Rome), en août 386, qui prépare sa conversion ; en ouvrant le livre de Saint-Paul, Saint-augustin trouva des phrases fortes témoignant de son ancienne vie sensuelle : « Plus de ripailles ni d’orgies, plus de coucheries ni de débauches, revêtez-vous du Seigneur et ne cherchez plus à contenter la chair dans sa concupiscence ! »
Enfin, précisons que la vie débauchée du futur évêque ne fut que relative : après avoir pris une concubine et eu un fils (Adéodat) d’elle, qu’il n’épousa pas, car elle était d’origine sociale inférieure, il lui resta cependant fidèle pendant quatorze ans…Et seize ans après le départ de sa compagne pour l’Afrique, on peut lire, dans Du bon mariage, que le théologien ne l’a pas oubliée.
(*) Les citations réfèrent aux pages de l’édition « Les Belles Lettres », Paris, 1956.
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Lundi 18 août 2008
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littérature
Cravan, Arthur, à Barcelone, et ailleurs
Arthur Cravan n’est pas mort noyé
Philippe Dagen, critique d’art au Monde, réinvente, dans cette autobiographie romanesque, la vie du boxeur, trafiquant et poète dadaïste, Arthur Cravan. Il la complète, plutôt, en imaginant que le neveu d’Oscar Wilde, ce wild, ce sauvage ne serait pas mort en 1918, mais aurait fini sa vie en Suisse, vieux retraité en compagnie d’une jeune femme ; il lui aurait caché sa véritable identité, comme il le fit durant sa courte ( effacé à 25 ans ?) vie : lire la litanie de ses pseudos, pages 103-109. Il écrirait ses mémoires, en juillet 1966, sur les rives du lac Léman et retracerait les grandes aventures de son existence : le dadaïste reconnu par Breton dans son Anthologie de l’humour noir, avec deux autres « suicidés de la société » (José Pierre), Rigaut et Vaché.
Sont alors évoqués le sulfureux Wilde, le révolutionnaire professionnel Trotski, rencontré au Noël 1916, le critique littéraire Fénéon l’heureux, Picabia et Duchamp, artistes atypiques comme lui, mais aussi Cendrars le mythomane, le diffuseur de rumeurs plus ou moins saines… Il décrit surtout ses amours, les femmes aimées, Renée, Mina, Laura…
Pour un lecteur installé en Catalogne, il est passionnant de lire le récit des séjours de A.C. de son vrai nom : Fabian Lloyd, à Barcelone (page 71), à Port-Bou (p.74) et à Tossa de Mar, en août 1916, avec Albert Gleizes et Francis Picabia (page 137)…On peut relire à présent ses maigres écrits, texte contre Gide, articles de la revue Maintenant où il remplissait seul toutes les pages et son écrit le plus célèbre « J’étais cigare ».
P.S. Je recherche le catalogue vendu lors de l’exposition du musée de Strasbourg consacrée à Cravan (2002.. ?) Qui peut me le procurer.. ? Merci ! (06.31.69.09.32.)
DR: Roger Lloyd Conover
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Lundi 11 août 2008
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littérature
Montségur, village cathare d'Ariège
Je vous invite à la lecture de cet ouvrage relatif à Montségur :
Michel BARRÈRE, Anne BRENON, Pierre-Toussaint CORNÈDE et Claudine PAILHÈS, Montségur, village ariégeois.
La fin de cet ouvrage, qui présente pour la première fois l'histoire d'un village
généralement négligé car écrasé par la charge mythique du site qui le domine
et réduit au seul siège de celui-ci, intéressera particulièrement les lecteurs de
"La Tribune de l'Art". Consacrée à "Histoires et archéologies du château de
Montségur", elle traite de l'historiographie de ce château de sa ruine à nos
jours, c'est-à-dire d'histoire de l'archéologie, discipline encore balbutiante, surtout pour les monuments médiévaux, qui peut apporter autant pour leur
connaissance que pour celle des idées que les différentes époques se sont
faites sur eux, notamment quand se pose l’épineux problème de leur restauration.
· Conseil général de l'Ariège-Archives, départementales de l'Ariège, 2007,
314 p., 28 € - Archives départementales de l'Ariège, 59 chemin de la Montagne,
09000 FOIX, tél. : 05 34 09 36 80 - Écrit par cat le
Mardi 29 juillet 2008
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littérature
Romanciers catalans et castillans:Gifreu, Rios, Ros, Warner
lectures pour l'été venus de la Péninsule
ibérique : Galice, Catalogne...
-Alan Warner, Le dernier Paradis de Manolo (C.Bourgois, 28 euros) : cet écrivain écossais raconte la vie de Manolo Follana, dandy espagnol, né en 1964 (comme l'auteur), dirigeant une agence de design et vivant sur la Costa Brava. Le roman tente d'imaginer la rédemption de Manolo...
-Antoni Casas Ros : Le théorème d'Almodovar (Gallimard, 12.5 euros) : De cet auteur on ne sait presque rien, il serait né à Barcelone en 1972 et il vivrait à Rome...Le roman raconte les aventures d'une prostituée transsesuelle et du célèbre cinéaste homosexuel et se place sous l'invocation de Newton : méditations sur l'espace, le vide, les corps...
-Julian Rios : Cortège des ombres (Tristram, 17 euros), son premier roman, écrit à Madrid, en 1968, traduit à peine maintenant en France. A Tamoga, ville imaginaire de Galice se répondent neuf séquences romanesques comme des nouvelles...La philosophie de Rios se résume dans un de ses mots-valises "escrivivir" (d'escribir, écrire et de vivir, vivre)...
-Le Livre des mille proverbes, de Ramon Lull, traduit et préfacé par l'écrivain perpignanais Patrick Gifreu (éditions de La Merci, 20 euros).
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Dimanche 20 juillet 2008
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littérature
Bio-bibliographie de Walter BENJAMIN (Ami Bouganim)
Bio-bibliographie de Walter Benjamin
(ces notes doivent beaucoup à une lecture récente : W.Benjamin, le rêve de vivre, d’Ami Bouganim, écrivain et philosophe (éditions Albin Michel, « Présences du Judaïsme », 2007)
1892 – Naissance à Berlin
1913 – W.B., émerveillé, découvre Paris pour la première fois.
1914 – Doctorat en philosophie (critique esthétique dans le romantisme allemand)
1917 – réformé – mariage avec Dora Pollak (divorce en 1930)
-De novembre 1921 à février 1922, il est à Heidelberg, où il rédige une étude sur Les Affinités électives de Goethe. Il choisit de vivre de sa plume (il écrit des piges dans les journaux, aide de son père et de Dora)
1923 – Publie son premier livre, à Heidelberg, il s’agit d’une traduction des Tableaux parisiens de Baudelaire, à laquelle il travaille depuis 1915. Il étudie ce poète du « baroque de la banalité », de Paris et de la modernité, ce poète maudit et damné, pour le sauver de la disgrâce : « Je fais monter au ciel mon Baudelaire chrétien porté par des anges purement juifs. » (lettre à Adorno,6.8.1939)
WB passe la plus grande partie de l’année, à Berlin et Francfort, avec son ami Scholem ; celui-ci va s’établir à Jérusalem ; WB envisage sa propre immigration, entame ses premiers cours d’hébreu mais les interrompt vite. Il tergiverse et ne se décide pas à vraiment apprendre l’hébreu et à s’installer en Palestine. Il renoncera définitivement en 1930 ; il souhaite avant tout devenir « le premier critique de la littérature allemande. »
Du 9 au 22 mai, deuxième séjour à Paris avec deux amis d’enfance.
1924/25 – Thèse d’habilitation, W.B. s’inscrit à Heidelberg, puis à Francfort.(échec – il est isolé en Allemagne parmi les hommes de sa génération )- Juin 1924, il fait la connaissance d’Asja Lacis, « l’une des femmes les plus exceptionnelles que j’aie rencontrées », qui dirigeait un théâtre pour enfants à Riga. Il la retrouve à Moscou en novembre 1925.
1925 – Essai sur Goethe – Voyage à Naples et Capri –
1926 – séjour de 6 mois, de la mi-mars à la mi-septembre, dans une chambre pitoyable à l’hôtel du Midi, à Paris, où il souhaite s’installer ( travail à la B.N- traduction)- Il découvre Valéry, les Surréalistes et surtout Le paysan de Paris, d’Aragon. Il traduit avec son ami Hessel A l’ombre des jeunes filles en fleurs et Le côté des Guermantes, de Proust, aux « phrases sans rivages » ; ces volumes paraîtront à Berlin en 1927 et à Munich en 1930.
* de déc. 1926 à février 1927, à Moscou, où il souhaite découvrir les réalisations du régime soviétique, envisager la possibilité de collaborer à la grande encyclopédie russe. Inclination marxiste dont Scholem se moque : son ami lui reproche de se revendiquer de la méthode matérialiste sans la pratiquer ; il le met au défi d’adhérer au PC allemand, afin qu’il prouve ses convictions : « L’illusion sur soi tourne trop aisément au suicide et Dieu sait que payer le tien de l’honneur de l’orthodoxie révolutionnaire, ce serait payer trop cher. Le danger pour toi vient de l’aspiration à une communauté, et fût-ce même celle, apocalyptique, de la révolution, que de l’horreur de la solitude, qui perce en tant de tes écrits et sur laquelle je suis prêt à miser plus fort que sur les métaphores par lesquelles tu te trompes toi-même sur ta vocation. » Pour WB, le marxisme ouvrait des perspectives messianiques à l’humanité ; cette eschatologie l’emportait , pour lui, sur l’historicisme et le culte béat du progrès ; cependant, dès 1935, il abandonne cet optimisme historique et a une vision plus noire des événements.
hésitera à adhérer au PC : il sait que, intellectuel insurgé contre sa classe, ses racines familiales et sociales sont bourgeoises. Eté 1937 : il commence ses recherches sur les passages parisiens.
1928 – Benjamin réunit ses chroniques parues dans de grands quotidiens, dédiées à Asja Lacis, sous le titre de Sens unique ; il s’agit d’un des rares ouvrages ayant paru de son vivant.
1929 – il prépare plusieurs émissions mensuelles pour Radio-Francfort, puis pour Radio-Berlin : 85 pièces et émissions radiophoniques jusqu’en janvier 1933.
1931-32 – séjours à Ibiza. – le 8 avril 32, il embarque à Hambourg pour Barcelone ; il s’installe sur la côte-ouest, celle des Allemands, à San Antonio, dans la « maison Frasquito, du nom d’un habitant de l’île attendant le retour de son fils parti en Amérique du Sud, depuis 25 ans. » Il quitte l’île pour Nice, en passant par Majorque ; il vient de fêter ses 40 ans et décide de se suicider (juillet)
Mars 1933 – Il quitte Berlin le 17, deux mois après l’incendie du Reichstag ; il pourrait se rendre au Danemark chez Brecht, mais préfère aller à Paris : il est hébergé chez Jean Selz. Ils prennent le train pour Barcelone – séjour à Ibiza en avril ; il est hébergé par un ami Felix Noeggerath, qu’il a connu lors de ses études à Munich. Il fait connaissance de l’historien d’art Jean Selz, avec qui il commence à traduire en françaiseUne enfance berlinoise (variations influencées par Proust, mais au lieu de raconter ses souvenirs, il s’intéresse « aux plis qu’ils ont laissés dans sa mémoire » ; « …on a beau déplier l’éventail du souvenir, c’est dans les plis seulement que loge l’authentique, cette image, ce goût, cette impression tactile au nom de quoi nous avons déployé, déplié tout cela. » WB s’installe à Paris (misère – durant cet exil parisien, WB est isolé face aux écrivains français)
1934 – de juin à octobre, voyage au Danemark, à Svendborg, chez B.Brecht, chez qui il a fait transférer sa bibliothèque. Il se rend ensuite chez son ex-femme à San Remo jusqu’à l’hiver 1935 ; acculé par la misère, il y retournera en sept. 1936 et en juillet 1937.
1935 – il devint chercheur associé à l’Institut de recherches en sciences sociales (Ecole de Francfort dirigée par Adorno et Horkheimer )
1936 – Il publie Allemands aux éditions Vita Nova de Lucerne : il s’agit d’une anthologie de 26 lettres écrites entre 1783 et 1883, « arche que j’ai construite, quand commencèrent à monter les eaux du déluge fasciste. »
L’œuvre d’art… - Séjour chez Brecht, à la fin de l’été et en 1938.
1938 – En février, il est déchu de la nationalité allemande sur la demande de la Gestapo, pour avoir publié un article dans la revue moscovite Das Wort. WB rencontre, en février, son ami Scholem pour la dernière fois : discussion véhémente sur la question des procès de Moscou.
1939, le 12, le gouvernement Daladier refuse d’étendre le droit d’asile aux étrangers venant du Reich (WB est considéré, pour l’instant, comme non-suspect) En août, pacte de non-agression entre Staline et Hitler.
En Automne, à la déclaration de guerre, comme les « non-suspects » il est dépoté au camp de Vernuche, près de Nevers, durant trois mois. (Décret du 1er juillet 1939 sur le statut des réfugiés et celui du 1.7.40 : rafle de Colombes) - Il est libéré le 25 novembre, grâce à l’influence de Gisèle Freund, Adrienne Monnier…) – Sa sœur Dora est internée au camp de Gurs, près de Lourdes.
Fin novembre 1939 – Il est de retour à Paris, où il écrit ses Thèses sur l’Histoire.
1940 – Le 14 juin, il prend le dernier train pour le Midi – Il tente de voir sa sœur : il séjourne à Lourdes pendant 6 semaines, de la mi-juin à la mi-août, où il attend le visa d’émigration pour les Etats-Unis – Il obtient un visa de New York grâce à Theodor Adorno. Le 17 août, il se rend, avec Fritz Fränkel, médecin et psychanalyste, à Marseille, où il tente de s’embarquer sur un navire en partance pour les USA – Voyage en train jusqu’à Port-Vendres pour tenter de passer la frontière. Le 25 septembre, il se présente chez Lisa Fittko à Port-Vendres. Ils se rendent à Banyuls consulter le maire socialiste. Prospection du chemin pour passer la frontière ; WB passe la nuit dans une clairière. Le lendemain, Lisa et 2 autres « apatrides » (Mme Gurland et son fils) le récupèrent ; ils arrivent à Port-Bou, après 10 heures de marche. La police leur annonce qu’ils doivent retourner en France mais sont autorisés à passer la nuit dans une pension ( hôtel de Francia) Vers 22h, WB avale 30 tablettes de somnifère : agonie jusqu’au matin du 27 ; à 7 h, il informe à Mme Guerland de son suicide et lui dicte une lettre destinée à Adorno. Il est enterré le 28 dans une niche du cimetière de Port-Bou.
* pour des développements plus détaillés, se reporter à la chronologie de Lionel Richard, publiée dans le n° spécial du Magazine littéraire, consacré à Benjamin.
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Vendredi 11 juillet 2008
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littérature
Livres de Catalogne et Roussillon : Rodoreda, Maurette...
Lectures pour les vacances
- La crue, de Michel Maurette (Publications de l’Olivier) Chef-d’œuvre de la littérature roussillonnaise et française, tout simplement. La reconstitution des inondations de 1940 (l’aiguat) et de tout un terroir, de tout un peuple vallespirien.
- Cadaquès, aller-simple de P.Marie Bernadou (L’arpenteur, 9 euros) : Le narrateur vient de façon régulière au pays de Dali, avec son amie peintre, Léa. Femme instable, volatile. Léa-Gala.. ?
- Gloire incertaine de Joan Sales (Tinta Blava)- voir plus bas dans ce blog.
- Animals Tristos, de Jordi Punti (Le serpent à plumes)- Six nouvelles qui parlent d’un monde désabusé. Ne pas en abuser…
- Chemins de traverse, de M.Claire Baco-Baesa (Les Presses littéraires). Contes fantastiques du Capcir et de Vallespir. Une écriture limpide, imagée, travaillée.
- La place du diamant, de Mercè Rodoreda (Gallimard, L’imaginaire) – La plus grande romancière catalane, sans doute, née à Barcelone en 1909, décédée à Gérone en 1983. Description de la vie simple de « Colometa », jeune fille du peuple, dans les années 1930-50, à Barcelone. Ce roman vaut pour le témoignage d’une époque-clef, la montée du fascisme en Espagne, et surtout pour l’écriture et le long monologue intérieur, les imbrications entre narration et discours direct… Traduction de B. Lesfargues et de Pere Verdaguer. (nombreuses conférences et expositions à Barcelone pour le centenaire de la naissance de l’écrivain– Contact : www.bcn.cat/cultura et l’Oficina d’Informacio Cultural del Palau de la Virreina – La Rambla, 99 – 08002 Barcelona.
Mercè Rodoreda
La Rambla
Place de Catalogne (C) photos J.P.B. sauf pour M.Rodoreda : Pilar Aymerich
La boqueria (marché, Rambla de Barcelona) - L'action de La place du diamant se déroule dans le quartier de Gracia.
Écrit par cat le
Jeudi 10 juillet 2008
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littérature
Albert COSSERY, de la Louisiane au Paradis
Coïncidence : je viens de lire, dans « Le Monde des livres » du 27 juin, les articles consacrés à la disparition de Cossery, ceux de G. Henein et de G. Moustaki : « A l’aide d’une canne, il trouvait l’énergie d’arpenter quotidiennement la distance qui séparait l’hôtel de la Louisiane du café de Flore… ». Et puis, une heure après, à peine, je reprends le livre de Michel Manoll consacré à Saint-Exupéry ; et là, page 42, je lis : « …Dans sa petite chambre de l’hôtel de la Louisianr, rue de Seine, St-Ex se penche sur des problèmes ardus de mathématiques… » En 1919, 20 ans avant Cossery, l’auteur habitait une petite chambre, la même, peut-être, du même hôtel ! Ce n’est pas important, mais ça me touche, car ces deux écrivains me touchent, tout simplement…
Je redonne à lire ici mon texte écrit en 2000, à l’occasion de la venue de Cossery à Perpignan (publié dans Catalognarts, Les Presses littéraires) :
Albert COSSERY - Le silence de l'écrivain -
Les ors, les fresques, les toiles à la Puvis de Chavane, tout est là, rutilant, presque beau, dans cet hôtel privé désormais accessible au public. Une touche de baroque, une odeur de décadence, un luxe au goût de luxure, ce lieu nous rappelle les années d'étude et de lecture à l'ancienne bibliothèque municipale. L'hôtel Pams, de Perpignan, qui sert de décor pour la remise du prix Méditerranée 2000, est plus vaste et plus tape-à-l’œil que l’hôtel, où l'écrivain franco-égyptien loge, rue de Seine, à St-Germain, depuis... soixante ans. Plutôt que de considérer cet univers suranné, plutôt que de répondre à l'invite de la nudité qui tend ses bras au soleil et aux arbustes du patio, nous demeurions des heures dans la haute salle d'étude où les rayonnages montaient sans vergogne jusqu'au plafond. A présent, les livres sont partis, un peu plus loin dans l'avenue, et le regard peut considérer les murs, les parquets et les plafonds à caissons. Le bois est partout, des pieds à la tête, des parquets bavards jusqu'aux boiseries sculptées. Et l'écrivain, « je ne fais que raconter des histoires, vraies », est là, tout près, et l'attente, prolixe, pour la dédicace, laconique, permet de détailler un tableau de grand format - d'Auberge de..?- représentant un couple d'amoureux posé sur la colline de la maison Pams de Collioure…L'échange, avec Albert Cossery, est rapide, feutré. Un regard, un sourire de connivence, un merci, un au revoir, et le retour du silence…
Il aurait sans doute fallu s'en tenir à ce silence… Et partir, pour lire…
Mais le voyeurisme: nous ne sommes que des hommes! Lui, le dieu, il se tient, roide, impassible et silencieux, au cœur de l'estrade officielle, où il a été posé comme un phénomène de cirque.
Alors, place au bruit! Les discours se succèdent, de bonne facture, il est vrai, malgré le ronron du protocole. Les politiques et les argentiers ont conscience que l'auteur qu'ils célèbrent, ce samedi matin d'octobre, parmi ce faste immobilier - quand Les couleurs de l'infâmie s'adresse à ceux qui ont compris que "la vie est ailleurs que dans la possession des biens matériels" - et cette vieille foule de curieux et de professionnels du livre et de la parole, est leur ennemi.
Inclassable, marginal, réfractaire, pauvre et orgueilleux, Albert Cossery, qui ne rit point, qui ne dit mot - mais ne consent pas pour autant - n'a pas le moindre froncement de sourcil à l'écoute des parleries qui l'encensent. Il pratique, dans ses livres, la dérision, l'ironie. Et, dans le beau monde, le silence pesant, accablant, bouleversant. Son livre ne dit pas le beau monde, mais le monde beau du peuple cairote ou des passants de Paris. Il raconte la vie d'Ossama, « pour qui le dénuement le plus ostentatoire était la marque indubitable de la vraie grandeur » (1); il fait parler ces anonymes qui «se demandent par quelle honnêteté du destin ils étaient si pauvres dans un pays aussi riche ». Il est engoncé dans son costume de dandy anachronique, et ses habits lumineux montrent la futilité des modes et des modernités. Assis, entre sa craquante éditrice, sensuelle et parisienne à point, et les maîtres du temps, du temps provincial, très local, et même ultra, c'est un corps maigre, vieux, sans mouvement. Une statue parmi les causeries. Sa tête est là, au rendez-vous de la remise d'un semblant de vie, comme un laps de survie, une impuissante gâterie. Les yeux, seuls, expriment une apparence de vie. Cossery semble être autre part, loin de ce remue-ménage médiatique (les prix littéraires sont rarement l'occasion d'un fructueux remue-méninges…); il se tient dans le froid mépris pour la facticité des remises de médailles, qui le rend comme fier, au-dessus de la mêlée, et son mutisme est, pour toutes les belles médailles du monde, un insondable revers… Il est posé - posté! - à la tribune, tel un vieux gamin sage et obéissant, mais son regard est d'outre-tombe…
Cependant, il est, sans doute, heureux en secret, heureux d'apercevoir ses lecteurs, même si une grande partie de l'assistance ne l'a pas lu; même s'ils sont venus voir, à l'heure du marché, ou de la messe, un phénomène de foire, un rescapé des luttes éditoriales et littéraires, un écrivain reconnu sur le bien tard; même si de nombreuses veuves endimanchées pour ce samedi de tramontane, rendant les mises en plis auburn plus modestes; même si les nombreux pros du cocktail et du vernissage n'attendent que l'instant licencieux où ils pourront plonger leurs doigts ignares dans les plateaux sucrés-salés du Centre méditerranéen de littérature. Les paroles de ceux qui se sont donné le droit à la parole comblent le silence de l'écrivain stoïque, apparemment insensible aux louanges qui lui sont adressées. Figure triste, dressée comme un fanion au milieu du désert : l'écrivain n'a rien à dire. Il a à écrire, à inventer, à témoigner : "Cela me soulage de constater chaque jour que le bonheur n'est plus l'apanage des puissants." (2)
Le rossignol de Cossery chante dans chaque page; il ne chante plus dans sa gorge. Cossery a la mort dans la gorge, depuis une opération du larynx : « Je suis vivant, c'est l'essentiel. », dit-il, simplement. Mais la non-invitée, même, semble subir les rebuffades de son impavidité, car l'impassible Cossery - l'impossible, aussi, le scandaleux : "Sache que quelqu'un qui n'établit aucune différence entre un banquier et un voleur ne peut être catalogué comme fou. C'est l'unique critère pour évaluer la santé intellectuelle d'un individu." (3) - est indifférent à la mort et à cette vie moribonde que perpétue le cérémonial bourgeois.
Pourtant, ils lui donnent raison, ils s'autocritiquent, ils se découvrent soudain lucides: toutes nos gesticulations sont futiles, absurdes, dérisoires… Celui-ci célèbre le peu, le rien, la misérable humanité, et la formidable force de dérision de cette œuvre, mais dans quelques instants, dès le retour à la rue, dans la fébrilité de le puissance et du pouvoir, il refera comme avant, il poursuivra le théâtre d'ombres, il célébrera l'hypocrite existence…
On laisse, ils laissent Cossery à sa solitude hautaine. A son indifférence sereine et souveraine. A son bonheur, aussi, peut-être, d'homme déraciné, exilé, à son dénuement de philosophe antique : on s'attend à le trouver sur l'agora, dans son tonneau.
On a laissé Cossery aux griffes de la mort. A celle-ci, on souhaite bien du plaisir!
(1) Les couleurs de l'infamie - Editions Joëlle Losfeld (collection "Arcades"- Paris- 2000)- (2) Op. cit. p.47 - (3) Op .cit. p.26 (dans la même collection: Mendiants et orgueilleux, Dans la maison de la mort certaine, etc…) - * Oeuvres complètes aux éditions J.Losfeld. * Lire: Conversation avec A. Cossery, de Michel Mitrani et L'Egypte d'A.Cossery - Photographies de Sophie Leys (J.Losfeld-2005).
le dandy était devenu momie ( lire le blog de P.Assouline) 
Écrit par cat le
Vendredi 4 juillet 2008
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littérature
ADORNO et BENJAMIN
Actualité de Theodor Adorno et de W. Benjamin
On vient de publier récemment, en 2007, chez Allia, les Etudes sur la personnalité autoritaire, qui veulent débusquer les tendances profondes qui structurent l’individu « potentiellement fasciste ». Celui-ci est tenté par une conduite fasciste quand les défauts suivants le possèdent : rigidité intellectuelle, tendance à la pensée stéréotypée, agressivité intériorisée, refus de l’introspection, faiblesse du moi requérant le secours d’un « chef »…Désorienté dans un monde violent et impersonnel, l’individu moderne à tendance à se soumettre à des figures autoritaires idéalisées… En outre, sa conférence de 1946, prononcée à San Francisco, est publiée par L’Olivier : La psychanalyse revisitée développe la polémique entre Adorno et les révisionnistes de la théorie freudienne, comme Karen Horney, édulcorant, sociologisant la pensée de Freud.
* Correspondance Gretel Adorno-Walter Benjamin (Gallimard, coll. Le Promeneur). Ces lettres entre le philosophe et Gretel, amante puis épouse d’Adorno, sont écrites durant la décennie 1930-1940 : elles témoignent de l’exil d’Allemagne de Benjamin, de ses difficultés financières et matérielles (logements sordides de Paris et appartement froid de San Antonio, à Ibiza.) Elles disent surtout une longue histoire d’amitié, sensible, trouble, jusqu’à une forme d’amour silencieux…
Écrit par cat le
Dimanche 22 juin 2008
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littérature
Raimon SEBON et Montaigne
Raimon SEBON, philosophe catalan, d’expression latine, est né à Barcelone, à la fin du 14° siècle, et mort à Toulouse en 1438, où il exerçait la médecine et la théologie.
On publie 50 ans après sa disparition, son essai Théologie naturelle, ou Livre des créatures, écrit dans un latin plat mais sans hispanisme ni catalanisme, en 1487 ; il sera traduit en français en 1519. Ce traité prétend expliquer les raisons de la croyance et élucider la théologie grâce à la philosophie, c’est-à-dire par un raisonnement déductif, une argumentation rationnelle et empirique, bref par l’utilisation des méthodes humanistes, ce qui est assez inédit chez un homme d’église ! Il s’empare des armes des Humanistes, des principes des « athées » afin de démontrer les vérités de la foi sans avoir recours aux évidences de la Révélation. Pour Sebon, l’homme serait capable, grâce à son intelligence, à sa raison et à son esprit « scientifique » de démontrer l’existence de la divinité…La philosophie acquiert une nouvelle fonction, assez prétentieuse et « scandaleuse » : seconder la foi des théologiens, apporter des preuves, des arguments persuasifs.. ! Dévoiement de la philosophie comme lorsque l'on parle d'engagement à propos de la littérature...
Montaigne va s’emparer du traité pour le traduire en 1569, à la demande de son père, écrit-il ; c’était surtout parce que l’ouvrage bénéficiait d’une ample influence et qu’il fallait en détourner la « méthode », subtile mais quelque peu insidieuse, afin d’aboutir à une conclusion diamétralement opposée, propre au scepticisme de l’auteur des Essais : l’homme ne peut, par la seule raison naturelle, démontrer qu’il a été conçu dans une Création faite pour lui. Tout n’est que vanité humaine, impuissance du « roseau pensant » pascalien… Montaigne inverse donc, avec la même méthode rationaliste, la finalité du livre et il utilise le même « jeu », soit la même démarche, fondée sur le paradoxe, du théologien catalan.
La réponse de Montaigne est inscrite au cœur des Essais, dans le livre 12, essai intitulé Apologie de Raimond Sebond., très long chapitre (le sixième des Essais !) consacré à la métaphysique. Cette apparente défense du théologien n’a d’écho, dans le livre, ni avant ni après ce livre central, qui est pourtant le moteur de la réflexion profonde de Michel Eyquem de…En effet, la Théologie naturelle est précieuse pour le fond et banale quant à la forme. Comme l’écrit Montaigne : « Il fait bon traduire les auteurs comme celui-là, où il n’y a guère que la matière à représenter ; mais ceux qui ont donné beaucoup à la grâce et à l’élégance du langage, ils sont dangereux à entreprendre… »
Écrit par cat le
Lundi 16 juin 2008
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littérature
La Princesse de Clèves, de Madame de Lafayette
La Princesse de Clèves
Lire Madame Lafayette en 2008, est-ce bien raisonnable.. ? C'est, en tout cas, un acte de courage et de vertu. Deux cents pages d’une action immobile, d’un roman d’analyse psychologique à rallonges, de dialogues opposant des argumentations répétitives (la passion face à la morale, aux bienséances, au devoir de mémoire et à la fidélité du mari défunt…), uniques moments qui font avancer le livre vers un futur improbable, en tout cas loin du bonheur que propose M. de Nemours à la Princesse de Clèves.. ! Celle-ci résiste jusqu’au bout des raisonnements, des larmes et des agenouillements de celui qui est le seul homme aimé et pourrait devenir un merveilleux amant…
Le jeune lecteur d’aujourd’hui ne comprend pas cet acharnement, cette fuite vers la souffrance morale, cette sorte de sado-masochisme…Bien sûr, il faut replacer le « roman » dans son contexte : la valeur de la vertu, l’influence du jansénisme… Alors, que faire de ce livre « illisible », sorte d’ovni dans une société rapide qui se veut jouisseuse, sans entraves et liseuse de Marc Lévy, Harry Potter, Anne Gavalda et autres Delerm…Et que signifie cette quête du « repos » que revendique l’héroïne ? Vivre en un lieu tranquille, loin des problèmes et incommodités (souffrance, jalousie, rivalité, inconstance…) de l’amour, demeurer dans la solitude, le retirement, le désert huguenot, le monastère, comme il est écrit à la fin de cette chronique amère du règne de Henri II…
Écrit par cat le
Jeudi 12 juin 2008
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littérature
Mort de la poésie..?
La poésie (suite) :
Victor Hugo a une vision idéaliste du poète prophète et sauveur de l’humanité :
« Le poète est l’homme des utopies,
Les pieds ici, les yeux ailleurs.
C’est lui qui sur toutes les têtes,
En tout temps, pareil aux prophètes,
…Fait flamboyer l’avenir ! » (dans le recueil Les rayons et les ombres)
Cette conception est désormais, à la fin du XIX° siècle et, surtout, au début du XX°, avec Apollinaire et la boucherie de 14-18, dépassée ! La poésie, privée de ponctuation, d’ordre grammatical, devient un dessin, un calligramme, puis un jeu surréaliste, un fruit du hasard ou de l’agilité ludique des troubadours modernes…Cependant la présence de la magie, chez les surréalistes et André Breton, surtout, et aussi celle de l’émerveillement («J’émerveille ! », clame Guillaume Apollinaire, ou « Le génie n’est que l’enfance retrouvée à volonté. ») traverse toujours le texte poétique, en dépit de toutes les métamorphoses et de tous les avatars insolites de la forme.
A Hugo se décrivant comme un nouveau Moïse, à l’ambition démesurée qui apparaît dans un poème écrit en août 1823 : « Un formidable esprit descend dans sa pensée…sa parole luit comme un feu…Et son front porte tout un Dieu ! », s’oppose, avec la modernité du siècle nouveau, une conception plus simple et « matérialiste » : le poète est un « parolier » pour Jean Paulhan, un « fabricateur » pour Paul Valéry, rappelant le « faiseur » décrit par Diderot, deux siècles plus tôt. Et aussi Théophile Gautier, orfèvre des mots, adepte de l’art pour l’art (« Tout ce qui est utile est laid », préface au roman Mademoiselle de Maupin) écrivant :
« Le mot « poète » veut dire littéralement faiseur : tout ce qui n’est pas fait n’existe pas. » A l’inspiration, don des dieux ou des Muses, s’oppose donc le travail sur les mots, la langue, conception moderne de la poésie, le poème devenant une « chose » ou, mieux, un objet d’art. Conception plus modeste, avant tout, s’opposant à celle du créateur : le poète était une sorte de dieu. Et pour Rimbaud, le poète disposait du pouvoir du langage, mais il est surtout à la recherche d’un nouveau langage : « Le poète est un voleur de feu. », écrivait l’auteur d’Une saison en enfer.
Loin de cette exaltation de ce rôle primordial, la poésie, qu’on prétendait impossible après les horreurs de la Shoah ; du génocide, des camps…est à lire et à entendre dans la publicité, dans le rythme du rap ou dans la chanson.
Cependant tous les poètes n’ont pas renoncé à affirmer une exigence plus haute. Mais qui lit, à présent, Char, Guillevic ou Bonnefoy.. ? A qui la faute ? La poésie serait-elle devenue une langue étrangère, un continent étrange, trop éloigné des préoccupations de nos contemporains.. ?
On parle d'une fin de la peinture : y a-t-il une mort de la poésie..?
Écrit par cat le
Mardi 27 mai 2008
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littérature
De la poésie
En expliquant des textes poétiques avec Aurélie Rouaix, Paul-Louis Bonnel, Martin Respaut ou Mathieu Roudayre, il m'est venu l'envie saugrenue et tout à fait anachronique de m'intéresser à une éventuelle définition de la poésie. Veuillez excuser cette impertinence et cette immodestie...
Il ne suffit sans doute plus de s’extasier comme Vigny, dans Les Destinées : « Poésie, ô trésor ! perle de la pensée ! »
Il ne s’agit plus de se limiter à une utilité de la poésie : elle est, certes, une technique pour communiquer, conserver et transmettre les textes, contes, fables, épopées (Iliade, Odyssée), les livres fondateurs ou religieux Elle est mémoire des hommes, mais plus : elle est mythe.
Ainsi, l’imagination de Hugo retrouve la fonction mythologique de la poésie : La fin de Satan est un vaste poème, écrit en 1854, expression de l’utopie romantique ; cette poésie traite de philosophie de l’histoire, de réflexion politique et sociale, de liberté, de la révolte de l’homme : le mythe du progrès parcourt toute l’œuvre de Hugo.
En outre, la poésie s’est voulue, à certaines périodes difficiles des hommes, engagement. Voici encore l’exemple de Hugo et l’exil du poète durant la dictature de Napoléon III. On trouve une attitude identique chez les poètes du XX° siècle durant la guerre et la Résistance face au nazisme. Quand la liberté physique n’existe pas, la poésie exprime le mythe de la liberté imaginée, ressuscitée : c’est le cas des poètes résistants comme Eluard, Desnos, Aragon, ou René Char, « Capitaine Alexandre » dans les maquis de Provence…
De même les poètes du Tiers-monde ont exprimé leur sentiment de révolte contre l’occupant : Pablo Neruda au Chili ou les écrivains de la Négritude, contre le colonialisme : exaltation des valeurs négro-africaines. C’est l’exemple d’un mythe qui a réussi avec la poésie d’Aimé Césaire et de Léopold-Sédar Senghor : leur poésie a été reçue par les jeunes lecteurs antillais ou africains comme un appel à la reconquête de leur identité volée.
La poésie est aussi magie, incantation ; la parole poétique est un langage qui dépasse le rôle purement utilitaire, de communication, d’information; ce langage manifeste sa puissance, sa force d’envoûtement. Baudelaire définit son art poétique comme « une sorcellerie évocatoire » et la poésie constitue, pour lui, une réponse à la faillite des religions : elle est le dernier espace du sacré; Paul Valéry, au XX° siècle, retrouve le sens étymologique du mot « charmes », du latin carmina signifiant des chants au pouvoir magique.
Le poète devient mage, voyant : le recours au rêve, la puissance de l’imaginaire vont permettre d’explorer de nouveaux espaces. Cependant, va vite s’opérer une dégradation de l’utopie romantique. A la contemplation de la Nature va se substituer le décor urbain : la ville va devenir le lieu privilégié de toutes les contradictions. Et la poésie, comme la ville, est l’espace où les oppositions de toutes sortes (sociales, politiques, religieuses…) vont se manifester ; relire encore Baudelaire et Rimbaud…
Alors la poésie est synonyme de connaissance : elle peut devenir un moyen d’élucidation, d’explication : le romantisme européen a fait du poète un prophète, un liseur d'avenir (Rimbaud : « Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. », ou Novalis, poète allemand : « L’homme entièrement conscient s’appelle le voyant. » Cette conception est idéaliste : le poète serait celui qui a accès à un monde autre, à un ailleurs ; exilé dans le monde matériel ; il conserve rait le souvenir du ciel antérieur ; le thème de « la voyance poétique" se retrouve tout au long du XIX° siècle. Ainsi, Hugo : « Le domaine de la poésie est illimité. Sous le monde réel, il existe un monde idéal…Préface des Odes, 1822. Ou Gérard de Nerval : « Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire et de corne qui nous séparent du monde invisible. », note-t-il dans Aurélia, publié en 1855
Pour Baudelaire, la poésie est symbolique : « Tout est hiéroglyphique et les symboles ne sont obscurs que d’une manière relative…or, qu’est-ce qu’un poète, si ce n’est un traducteur, un déchiffreur.. ? », dans son essai Sur Victor Hugo, 1861.
Mais, au-delà du symbolisme, l’auteur des Fleurs du mal annonce la modernité, une écriture inédite qui travaille le matériau de la langue, qui déconstruit, avec Mallarmé, l’ordonnancement classique de la syntaxe et désarticule la phrase. « La poésie est une écriture qui brûle son alphabet », écrit Baudelaire, célèbre aussi pour cette affirmation, en apparence contradictoire : « Je hais le mouvement qui déplace les lignes. » Baudelaire, le premier, affirme surtout la relativité du Beau, annonçant par là les « ready made » à la Marcel Duchamp ou les « installations » artistiques d’aujourd’hui : « La beauté absolue et éternelle n’existe pas ; l’élément particulier de chaque beauté vient des passions et comme nous en avons de particulières, nous avons notre beauté. » (salon de 1846)
...à suivre...à vous...
Écrit par cat le
Mercredi 21 mai 2008
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littérature
Sénèque l'espagnol : éloge de la mort
Sénèque l’Andalou. Eloge de la mort pour mieux vivre.
Le philosophe est né en moins 4 à Cordou et il meurt à Rome en 65, obligé, sur ordre de l’empereur Néron, de se trancher les veines : « …non sans raison, car attendre le bon vouloir de son ennemi pour mourir 3 ou 4 jours plus tard, c’est faire le travail d’un autre. », écrit-il dans la lettre 65, à propos d’une femme de tête, Scribonia.
La correspondance entre Sénèque et l’ami Lucillius, fonctionnaire originaire de Sicile, commence en 62 ; suite d’exercices spirituels, ce livre d’amitié est destiné à amener peu à peu l’ami à la sagesse, et, lecteur-ami, je me sens devenir, au fil des pages, un peu moins bête, un peu moins veule ! Les premières lettres, comme pour séduire, font l’éloge de l’épicurisme, ou plutôt de cet « hédonisme » facile pratiqué alors à Rome : « Embrasse toutes les heures » ; pendant que tu la diffères, la vie passe en courant. »
Les dernières missives retrouvées conduisent l’ami, le frère, vers la doctrine stoïcienne. Comment s’opère le passage et l’initiation à la sagesse ? Sans doute par la réflexion sur le temps (les deux premières bellissimes lettres) et la mort, qui traverse cette philosophie épistolaire, monument de 180 lettres, admirable car écrit avec clarté et précision. Ecritue limpide, compréhensible : Sénèque ne serait-il pas un vrai (un grand) philosophe.. ?
C’est ainsi que la mort, peur de la peur, obsède l’homme de façon vaine : « Ne sois pas malheureux avant l’heure », « Nous augmentons notre mal, nous le créons de toutes pièces, ou nous le devançons. » ; il s’agit de surmonter cette angoisse, mais quelle tâche difficile :
« C’est un grand exploit de vaincre Carthage ; c’en est un plus grand de vaincre la mort ! » (lettre 13)
N’ayons plus peur car la camarde marque la fin de toutes nos souffrances : « A ceux qu’elle libère, elle laisse le meilleur en leur enlevant leur fardeau. » : sa venue assurera notre sérénité éternelle : « On a bien tort de craindre la mort : grâce à elle, on n’a plus rien à craindre. » (lettre 24) En effet, « la mort est à ce point éloignée d’être un malheur, qu’elle éloigne de nous la crainte de tous les malheurs ! » La mort fait partie de la vie et du cycle de la nature : « Il a refusé de vivre, celui qui ne veut pas mourir ! La vie en effet nous a été donnée avec la mort pour condition : c’est vers elle qu’on marche. Quelle folie de la craindre ! » L’homme a peur de l’idée de la mort, de cet état pour l’éternité, mais il faut sortir de ces pensées de futur impensable et vivre dans la réalité présente : « La mort ne cause aucun mal : pour ressentir un mal, il faut exister ! » (lettre 36)
Si les lettres à Lucilius nous parlent tant de la mort, c’est pour revenir à la vie ; repenser la vie pour mieux la vivre ; face au caractère absolu, intransformable, fatidique, de la mort, l’homme n’a qu’une alliée, la vie. Cette richesse unique, comment la penser avec enthousiasme ? Pour renverser la célèbre formule de Montaigne : « Vivre, c’est apprendre à mourir. », l’homme moderne semble préférer celle-ci : « Penser à la perspective de la mort, c’est apprendre à vivre. »
Le philosophe, qui veut nous éloigner de l’obsession de la mort et du suicide, se détruit le 19 avril 65, en se tranchant les veines sur ordre de Néron. Lui qui écrivait, dans la lettre 24 : « Quoi de plus ridicule que de rechercher la mort quand on a rendu sa vie impossible par la crainte de la mort ! » Lui qui définissait ainsi la décision de se tuer soi-même : « Quel plaisir trouverais-tu à faire le travail d’un autre ? »
Il faut laisser la mort faire son métier, sauf dans les cas d’extrême souffrance (un exemple récent, d’une femme atteint d’un cancer aux yeux et au visage, a mobilisé les médias qui ont hésité à montrer des images d’un être humain devenu un monstre à l’insoutenable laideur). Sauf quand un tyran vous empoisonne la vie…Sénèque est alors devenu maître de sa propre mort. Mais durant les trois ans qui ont précédé sa fin, mince laps de temps qui lui a permis d’écrire à son ami, il est vraiment devenu maître de sa propre vie…
crâne de cristal aztèque du British Museum (considéré comme faux depuis 2005)
Écrit par cat le
Vendredi 16 mai 2008
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littérature
Jacques Gautrand : notre imagine-ère
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