A la suite de la publication du recueil collectif "Reflets de VIE" (atelier d'écriture à l'hôpital de Perpignan), Lydie Moreau, infirmière au service des maladies infectieuses, a reçu une lettre de son amie Corinne. Ce témoignage m'a paru très intéressant, c'est pourquoi j'ai décidé de le publier in extenso dans mon blog. Merci à Corinne..!
Bonjour Lydie
Je vais donc essayer de poser par écrit les quelques réflexions que m'inspire ce beau travail d'écriture conduit au service des maladies infectieuses et tropicales de 1 'hôpital de Perpignan.
Tout d' abord je suis impressionnée par la détermination qu'il a sûrement fallu déployer pour mettre en œuvre le projet en si peu de temps. C'était une gageure. Heureusement que vous ne le saviez pas !
La première impression qui m'est venue à la lecture de Reflets de vie c'est le sentiment d'avoir franchi une porte d'habitude close sur un univers étranger, celui d'une maladie où la vie et la mort se côtoient et s'imbriquent dans des situations où l’on ne peut ignorer l'une ni l'autre. La conséquence c'est que la vie et la mort en sont particulièrement mises en valeur. C'est si rare. J'ai aussi découvert les conséquences, qui peuvent sembler paradoxales, des traitements qui stabilisent et prolongent la vie. D'une perspective de mort à court terme, les personnes malades du SIDA doivent faire face à une autre perspective, celle de vieillir. Donc avoir des projets. Pas simple.
Passée l'émotion ressentie à la lecture des textes, je remarque leur grande variété : autobiographiques ou de fiction, réflexifs ou narratifs, écriture poétique ou prose. L'implication des auteurs est aussi très variée: totale, partielle, inexistante, personnelle, professionnelle... Il en résulte une grande différence dans la force des écrits. Si certains textes sont très aboutis et d'autres moins, si certains auteurs prennent une place importante et la place d'autres semblent réduite à la portion congrue, c'est qu'il y a une disparité dans la maîtrise de.la langue mais aussi dans le projet d'écriture. Certains auteurs témoignent, d'autres discourent, démontrent, se mettent en valeur, ou simplement répondent à une demande par devoir ou pour faire plaisir. La disparité se retrouve également dans la manière de s'approprier ce moyen d'expression: on remarque dans les textes que les auteurs ont plus ou moins de facilité à mettre à distance, à se protéger.
Autant de facettes de l'écriture que je retrouve souvent lorsque j'accompagne des écrivants que ce soit en atelier ou individuellement. À propos d'atelier, je remarque que le terme Atelier d'écriture, peu utilisé dans l'ouvrage, a cédé la place à celui d'Espace écriture. Est-ce volontaire? En tout cas, cela traduit bien la difficulté rencontrée par l'animateur et exprimée dans les très utiles comptes-rendus qui ponctuent et rythment le livre et mettent en perspective les écrits des uns et des autres. Il semble que ce n'était pas un véritable atelier d'écriture, au sens où l'atelier d'écriture est un temps où, en plus de la parole qui circule, la part belle est faite au travail de la langue écrite, comme une matière, faite de mots et de phrases.
On peut penser que la mise en place de l'atelier dans ce cadre rencontre plusieurs freins. Il sous-entend deux projets : il faut conduire les personnes à expérimenter de l'écrit comme matière et trouver leur propre voix, le faire en se protégeant, et dans le même temps ou successivement induire des textes autobiographiques et donc contacter en eux des zones probablement très douloureuses.
En atelier d'écriture« ordinaire» cela arrive fréquemment que, au détour d'une proposition qui semble banale, des textes très forts surgissent. Cela tient à l'écriture elle-même quand on y met de soi-même. Ces textes sont alors accueillis avec bienveillance, sans être commentés, si ce n'est, éventuellement, sur des points de forme.
Dans l'Espace écriture, et particulièrement avec les contraintes de temps et d'objectif précis de production fixé au groupe, ces textes n'ont peut-être pas eu le loisir de pouvoir naître, d'être nourris au sein du groupe et d'y être retravaillés. C'est peut-être pour cela que les textes les plus aboutis ont été écrits dans un autre cadre que celui de l'Espace écriture, plus consacré, lui, à la parole. La disparité entre les textes est aussi liée à deux autres points :
- la différence de statut des participants : il y a les patients qui participent à l'Espace écriture et il y a les soignants et encadrants qui n'y participent pas et ne mettent pas leur personne en jeu de la même manière.
- l'absence de méthode commune pour aboutir à un texte : donner un cadre : de quoi va-t-on parler, comment va-t-on s'y prendre? Cela n' exclut pas d'autres textes, mais cela aurait peut-être facilité une expression « équitable » d'un plus grand nombre de patients.
Voilà quelques remarques sur ce livre, et sur cette expérience vue de l'extérieur. Elles rendent, au-delà de la richesse des témoignages qu'elle donne à lire, cette expérience passionnante.
Je pense à une proposition pour la prolonger ou la réitérer: une formation qui réunirait les encadrants (animateur de l'atelier, bénévoles des associations, soignants et pourquoi pas quelques patients) pour poser, en les expérimentant, les enjeux d'un travail d'écriture, autobiographique d'une part, et en atelier d'autre part.
Nous proposons, Emmanuelle et moi, des formations de ce type. En tout cas, je tiens à dire bravo à ceux qui ont porté ce projet. Amicalement. Corinne.
Publié par : cat
à 13:31:10
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